04 mars 2008

un drôle de repas


Cela se passe à la Pizzeria le Pilier. Ambiance chic.

Philippe Girerd profite de notre présence pour rassembler autour d’une table une quinzaine d’acteurs de la vie culturelle nigérienne, et non des moindres.

Tous les invités ont revêtu leur plus belle gandoura et ont lavé leur peau des sueurs de la journée.

Le secrétaire général  du ministère de la culture
Le conseiller personnel du ministre : Mr Criki
3 professeurs d’université
et une dizaine d’acteurs, tous directeurs de compagnie, et acteurs.

C’est du jamais vu avec des observateurs étrangers.
Cela commence par un protocole assez glacial et une ambiance « chiens de faïence ».
Le secrétaire général nous avoue qu’il est sur un nuage car le projet de loi sur la culture avec création d’un institut des arts avant 2009 vient de passer, et ce jour semble être historique. Pendant vingt cinq minutes il analyse point par point la situation.

La parole est donnée à  Hervée de Lafond. Elle annonce qu’elle ne va pas se gêner pour dire ce qu’elle pense . Ci dessous, sani Bouda un des invités  qui fera une belle intervention sur le rôle du théâtre en brousse.
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Je tremble qu’elle n’envoie au tapis le secrétaire général.
Nous sommes là dans le  cadre de la coopération   française. On va passer du ton officiel au langage de vérité.
«  A quoi peut servir votre magnifique institut des arts, si c’est pour former des acteurs qui n’ont quasiment pas la possibilité de jouer » s’exclame t-elle. « Un acteur qui ne joue pas, n’avance pas, ne fait pas de progrès, le théâtre c’est la confrontation au public » continue t-elle de plus en plus passionnée.
Le ton est donné, les débats vont être enflammés. IMG_2248

Hervée et le secrétaire général

Certains ont envie d’en découdre avec le ministère, son mépris des compagnies etc.
Hachimou fait une énorme sortie sur des fonctionnaires qui ne vont même pas voir les créations, ou les festivals.
Le SG explique qu’il aime la pêche, et que jamais on ne le forcera à  sacrifier ses week –ends pour les spectacles des uns et des autres. Il martèle : « je ne suis pas votre esclave »
J’évoque l’idée de campus nomade des arts chère à Jean Digne, sorte de master-classes annuelles. J’évoque la nécessité de cours d’histoire du théâtre et européen et africain, j’évoque la nécessité de connaître les fondamentaux du théâtre, les grands metteurs en scène etc.
Les débats sont de plus en plus animés.
Enorme conflit incompréhensible pour nous sur les droits des maisons.
Pour moi c’est intéressant. Bien sûr,ils ont tendance à tout demander au  Ministère, des salles de répétition,

un soutien à la diffusion, de la reconnaissance.IMG_2249 
En fait le système est le même qu’en France… Absence cruciale de moyens sauf qu’ici  c’est  de 30 cts qu’ont besoin les artistes pour se déplacer.
La conversation se prolonge sur le perron du restaurant.

Repas unique et exemplaire.IMG_2252
Rare.
Se parler paraît évident, mais justement c’est ce qui manque le plus.
Tout le monde finit par être convaincu que les artistes nigériens doivent e constituer en ligue pour faire pression sur le ministre de  la culture, qu’il puisse appliquer son programme avec des moyens adéquats.
Belle envolée du conseiller qui nous explique que l’imprimante du ministre est cassée depuis 4 mois et qu’ils ne peuvent pas la changer.

Sani Bouda  en photo : un des acteurs du stage au style très personnel, ses histoires d'acteur venu de la campagne sont à hurler de rire.




Le résumé du repas, par Marie Pierre Cravedi .  Résumé officiel


Compte rendu de la réunion de travail autour du théâtre au Pilier
vendredi 29 février

Présents : M. Philippe Girerd (attaché culturel), M. Abdo Serki (conseiller du minsitre de la Culture), Jacques Livchine, (théâtre de l’Unité), Edouard Lompo (Ensemble Kassaï), Sani Bouda, Rabé,( étudiant à l’INJS), Alichina Allakaye (tréteaux du Niger), une professeur de lettres à l’Université, Bawa Souley Kaoumi (CCFN Jean Rouch), M. Barmini Damana (secrétaire général au ministère de la culture), Hervée de Lafond (théâtre de l’Unité), Alfred Dogbé (Arène Théâtre), Adama Akili (Collectif Jawabi), un professeur de lettres à l’Université, Marie-Pierre Cravedi, Defo (Collectif Jawabi), M. Elkache (juriste)
Monsieur Philippe Girerd a commencé la réunion de travail par une introduction soulignant avec enthousiasme la prévision d’un Institut des Arts, ainsi que le fait que le Niger possède une vraie politique depuis 6 mois.
Monsieur Barmini a poursuivi en parlant de l’étude de faisabilité d’un institut des arts et de l’agence de promotion de l’entreprenariat artistique, qui a lieu cette année, ce qui peut être un début de solution pour la culture. Il y a six mois, cette idée a été validée. Il reste à décider d’un collectif budgétaire. M. Barmini a souhaité soulever un point important : les artistes ne sont pas organisés, ce qui constitue un point négatif dans leur relation au ministère de la culture. IMG_2246
Hervée de Lafond a répondu que l’un des plus gros problèmes est le fait que les artistes de théâtre au Niger ne jouent pas assez devant un public : pour pouvoir être professionnel, il faut jouer tout le temps. La formation ne suffit pas, il faut également une large diffusion des spectacles.
Selon Jacques Livchine, il faut trouver « une voie nigérienne ». Il a également souligné que ce sont aux politiques de faire la politique culturelle, et non aux artistes.
Alichina Allakaye, des tréteaux du Niger, s’est plaint car il n’y a aucune tournée au Niger et que le seul moyen pour que les artistes s’en sortent sont les tournées à l’étranger. Il souligne que le théâtre peut être associé à de nombreux autres éléments. La culture est un besoin nécessaire, comme la santé ou l’éducation.
Monsieur Barmini a répondu à nouveau qu’il faut que les compagnies de théâtre s’organisent et qu’elles se plaignent au ministère de la culture.
Alfred Dogbé s’est réjoui que les formations soient une priorité au niveau du Ministère. Il a ajouté que de nombreux lieux sont présents à Niamey, mais qu’il faut les rendre vivants. D’autre part, les artistes peuvent transmettre leur savoir, dans les écoles par exemple. Ils peuvent s’insérer dans le système plutôt que de rester en marge. Il faut que les artistes aient une force de proposition et que le ministère soit un interlocuteur à l’écoute.
Défo s’est dit également motivé pour l’enseignement. Mais il trouve qu’il faut une politique spéciale pour les artistes qui sont déjà sur le terrain, comme eux tous présents à la table. L’idée d’un Institut des Arts est très bien, mais ce serait pour les jeunes. Il faut une proposition pour eux.
Pour Edouard Lompo, la principale difficulté réside dans les problèmes d’entente avec le ministère. La priorité pour lui, c’est qu’ils n’ont pas de lieux de répétition, argument auquel répond M. Serki en disant que le ministère n’a pas d’argent pour cela. IMG_2204
M. Elkache répond aux artistes, et notamment à Defo, en leur disant qu’il faut voir plus loin qu’aujourd’hui, que ce projet est à long terme.  Selon lui, la réflexion a dévié par rapport à ce qu’elle devait être, et il faut surtout réfléchir aux besoins de formation.
Alfred Dogbé poursuit la réflexion dans ce sens en demandant comment fait on pour être formateur.
Philippe Girerd ajoute qu’il faut trouver de nombreux partenaires pour cela : l’éducation nationale, l’université …
Toujours en parlant de la formation, Jacques Livchine trouve qu’il faut une école originale. Il prend l’exemple d’une école des arts de la rue qu’ils ont créée à Marseille, et qui a de nombreuses originalités, et notamment des cycles courts. Ainsi, les élèves ont de nombreux professeurs et une vision sur plein de domaines différents. IMG_2226
Marie-Pierre poursuit en ajoutant qu’il faut également des formations pour les agents culturels autour des artistes : chargé de production, diffusion… pour que les artistes puissent se consacrer à la créativité le plus possible.
Jacques ajoute qu’il faut des résidences à l’extérieur auprès de grands noms pour voir ce qui se fait.
Défo renchérit dans son sens en disant que ce serait très positif pour eux, déjà professionnels, d’avoir des résidences de 2 ou 3 mois à l’étranger. IMG_2230
Philippe Girerd conclut en disant que des professeurs qui sont là à court terme n’est pas suffisant. Il faut aussi des professeurs constants. Mais l’école peut avoir les deux formules qui sont complémentaires. Et il ajoute que les comédiens doivent s’organiser pour faire des propositions.
Suite à cela, le problème des lieux de répétition a longuement été évoqué.
Sani Bouda a ensuite parlé pour expliquer que le Niger ne se limite pas à Niamey ; il vit à 700 km et c’est encore plus difficile de survivre là bas. Il s’adresse aux personnes présentes du ministère en leur disant que même s’il y a peu d’argent, il faut qu’il reçoive un peu pour avoir l’impression d’exister, pour que ses comédiens se motivent…
S’en est suivie une discussion sur la présence des personnes du ministère aux spectacles de théâtre : selon Defo, ils viennent très peu souvent, argument auquel répond le secrétaire général en disant qu’il est libre d’aller voir et faire ce qu’il veut. Edouard Lompo à son tour abonde dans le sens de Defo en expliquant qu’il faut connaître ses artistes pour les défendre.
En conclusion, Philippe Girerd ajoute qu’il faut maintenant que les artistes s’unissent pour ficeler un projet qu’ils fassent passer ensuite au ministère.
Edouard termine la discussion en spécifiant qu’il y a différentes strates d’artistes, et qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Et qu’ils sont en train de créer une ligue, même s’ils savent qu’elle sera critiquée par les artistes qui ne sont pas dedans.

Posté par tavuki à 09:49 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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